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Bonne lecture !

La Tour

Le Vieil Homme ouvrit les yeux.

Devant lui s’étalaient des rangées de livres. Une faible lumière éclairait les lieux, dévoilant un espace gigantesque. Des rayonnages s’élevaient vers un plafond invisible. Seule sa respiration venait troubler le silence absolu de la salle. Le temps semblait figé. Le Vieil Homme se leva difficilement, sous le poids des années. Il s’approcha du rayonnage le plus proche et prit un livre. R. Centième volume du dictionnaire de la lettre R. Il était donc dans la salle des dictionnaires. Il ne se souvenait plus ce qu’il était venu faire là. Il se dirigea vers la droite, arpentant un long moment le dédale des rangées avant qu’une porte ne se dresse devant lui. Il se faufila par l’entrebâillement et se retrouva sur l’escalier central de la Tour.

Un Vieil Homme, une bibliothèque, des livres. Voilà tout ce qui peuplait la grande Tour du Savoir Universel et de l’énigme Humaine. Elle contenait un nombre infini de salles qui s’articulaient autour de l’escalier central. Une quantité innombrable de livres, de peintures et d’objets hétéroclites s’entassait dans les salles. L’escalier central descendait et montait sans jamais vouloir s’arrêter. Cette Tour était si grande que le Vieil Homme n’avait jamais eu le temps pendant toutes les longues années de sa vie d’en explorer tous les recoins obscurs. Le Vieil Homme aimait sa vie de Gardien des Livres, il passait son temps à choyer ses protégés. D’aucuns disent qu’il connaissait tous ces écrits sur le bout des doigts. Il ne savait même plus depuis combien de temps il occupait les lieux, il lui semblait que cela en avait toujours été ainsi, il ne se souvenait pas d’un autre paysage que les murs de pierre grise de la Tour. Pendant ces longues années, il avait eu le temps d’accumuler un savoir encyclopédique sur toutes les choses de la vie et du monde. Ce jour-là, il comptait s’attaquer à une nouvelle partie de la bibliothèque. Il souhaitait continuer ses lectures dans la salle consacrée à l’astronomie qu’il n’avait réussi à trouver que rarement. Il se perdait en effet très facilement dans le dédale des couloirs et avait bien du mal à se repérer dans l’immense réseau de la bibliothèque. Il passait ainsi un certain temps à trouver son chemin.

C’est dans un de ces moments d’exploration imprévisible et incontrôlée que le Vieil Homme tomba sur un escalier qu’il n’avait jamais vu auparavant. L’escalier était fait de la même pierre grise et terne que les murs et le sol, cependant, il perçut en passant devant l’ouverture un léger courant d’air. Intrigué, le Vieil Homme inspecta un moment l’escalier mystérieux, puis, n’y tenant plus, commença son ascension. Les marches étaient hautes et semblaient infinies. Le Vieil Homme avait arrêté de les compter depuis longtemps et malgré la fatigue et la vieillesse qui alourdissaient tous ses mouvements et rendaient ses membres douloureux, il tenait bon. Peut-être en haut de ces escaliers inexplorés, trouverait-il une salle remplie de nouveaux savoirs inconnus ? Ou mieux encore, peut-être y trouverait-il une fenêtre, un moyen de voir enfin le monde extérieur ? La Tour devenait de plus en plus oppressante au fil des années et le Vieil Homme n’avait jamais trouvé d’ouverture sur l’extérieur, porte ou fenêtre. Cependant, il n’avait jamais considéré la Tour comme une cage, mais plus comme une gigantesque entité qui, sans qu’il le sache vraiment, avait besoin de lui. Après ce qui lui sembla être une éternité, il gravit enfin la toute dernière marche et à bout de forces faillit s’écrouler dans la pièce qui s’ouvrait à lui. Son soulagement fut de courte durée, tout comme l’excitation qui précède les grandes aventures quand il s’aperçut que la pièce était semblable à toutes les autres salles de l’édifice. Sans fenêtre, sans porte. Mais la salle n’était pas remplie d’étagères croulantes sous des quantités faramineuses d’ouvrages en tous genres. Non.

Elle était vide et, au mur, on pouvait discerner cinq tableaux. L’obscurité ambiante rendait leur contemplation presque impossible de loin. Le Vieil Homme fit quelques pas en avant pour se rapprocher. Quelle ne fut pas sa surprise quand la porte qu’il venait de franchir se dissipa alors littéralement derrière lui, l’emprisonnant ainsi dans la pièce qu’il venait de découvrir. Loin de s’alarmer pour si peu, le Vieil Homme revint sur ses pas et avança avec précaution jusqu’au premier tableau, comme il l’avait fait précédemment, espérant enclencher le mécanisme inverse. Rien ne se passa. Affolé, le Vieil Homme fit plusieurs fois le tour de la salle, tâtant les murs à la recherche d’une quelconque aspérité ou d’une pierre bancale qui ferait réapparaître une porte mais tout semblait parfaitement statique et en place. Le Vieil Homme fit une pause, reprit son souffle et se donna quelques secondes pour calmer les battements de son coeur. Peu à peu il reprit confiance et aperçut alors une forme sur le sol. Il s’approcha pour distinguer ce qui était en fait une plume, d’une bien étrange couleur puisqu’elle était rose. Il se pencha pour la saisir dans ses mains et sitôt qu’il la toucha, un énorme tourbillon se forma et il se sentit aspiré par une force mystérieuse.









Les Dunes Roses

tableau du désert

Le Vieil Homme se réveilla avec un goût étrange dans la bouche, comme lorsqu’il mangeait trop de groseilles et que les grains restaient coincés entre ses dents. Il était couché à plat ventre sur une surface meuble et rugueuse. Lorsqu’il tenta de s’asseoir, il sentit sous ses mains des grains de sable, légers et frais. Il n’avait jamais touché de sable mais ses lectures lui en avaient décrit la texture. Réalisant cela, il se releva alors brusquement et tituba sous la lumière aveuglante. Il regarda hébété tout autour de lui. Il ne se trouvait plus dans la salle aux tableaux mais bel et bien au milieu d’un désert de dunes.

De dunes roses.

Frottant ses yeux, il se pinça pour vérifier que la vision était bien réelle. Il ressentit une vive douleur, il ne rêvait donc pas. Surpris de voir enfin autre chose que les pierres massives de sa Tour, il laissa errer son regard sur les dunes pendant de longues minutes, s’interrogeant sur le lieu étrange où il avait atterri. Ne trouvant de réponse concluante à ses réflexions, il commença à marcher droit devant lui. De tous côtés s’étendaient toujours et infiniment des étendues de sables roses. La marche était difficile mais la caresse du vent dans son dos suffisait à lui donner la force nécessaire à l’accomplissement de tous les exploits.

Il marcha ainsi pendant un long moment, il lui semblait qu’ici la notion de temps était dérisoire, il ne savait plus depuis combien de temps il était dans ce désert, le soleil toujours à son zénith. La faim et la soif ne l’atteignaient pas, la fatigue si. Il se forçait cependant à avancer toujours plus loin, un pied devant l’autre, de toute la force de son âme, espérant apercevoir au loin un relief inédit, une trace de civilisation dans ce désert étrange. Lorsque enfin, il fut si épuisé, qu’il s’écroula à terre sous le poids de ses années et le fardeau de la vieillesse, il se laissa aller dans le sable, contemplant les petits grains devant ses yeux et se sentit heureux. Il perdit connaissance et, quand il se réveilla, une forme dans sa vision périphérique attira son attention. C’était une plume bleue, magnifique et mystérieuse. Il la caressa du bout des doigts et à peine l’avait-il touché que le décor autour de lui changea brusquement.

La Mer de Nuages

tableau des nuages

Il se réveilla pour la seconde fois dans un environnement tout à fait étrange et tout aussi extraordinaire. Il était allongé sur un rocher flottant au milieu d’une mer de nuages bleutés. Curieux, il s’approcha du rebord et regarda en bas. On ne distinguait pas le sol à travers l’épaisse couche de nuages. Pris de vertiges, le Vieil Homme se recula vivement pour se poster au centre de son rocher. Il ferma les yeux, se sentant nauséeux. Des mots se présentèrent à lui, lointains souvenirs d’une ancienne lecture :

« Le mal de mer ».

Il s’assit prudemment et se risqua à regarder en l’air. Là aussi, moins surprenant, il ne voyait rien d’autre que le ciel et les nuages. Il fit un tour sur lui-même et découvrit derrière lui, d’autres rochers flottants. Ceux-ci formaient un chemin qui se perdait à l’horizon derrière les volutes des nuages. Il faisait froid mais il n’y avait pas une once de vent. Le Vieil Homme commença à grelotter dans sa robe de bibliothécaire, habitué à la température immuablement douce de la Tour. Il se résigna après quelque temps à tenter d’atteindre le rocher le plus proche, à environ un mètre sur sa droite. Il saisit son courage à deux mains, prit son élan et sauta. A son grand étonnement, il réussit à atteindre le deuxième rocher, plus petit que celui sur lequel il avait atterri. Il souffla quelques instants et continua son avancée en sautant sur un nouveau rocher puis sur un autre et encore un autre. Alors qu’il s’apprêtait à sauter sur un nouveau rocher, celui qui le soutenait se désagrégea subitement. Il se retrouva alors en chute libre à travers la moiteur des nuages. Il ne cria point, ce n’était plus de son âge et se résigna à subir le triste sort qui s’offrait à lui.

Il lui sembla qu’il tombait depuis déjà un certain temps et il ne voyait toujours rien d’autre que la brume opaque des cumulonimbus. Il finit par apprécier la vitesse et le sentiment d’exaltation qui accompagnaient sa chute. Soudain, il vit choir doucement, à côté de lui, une plume violette. Son premier réflexe fut de regarder en haut, d’essayer de trouver l’origine de cette apparition, un quelconque oiseau pourpre par exemple. Mais il ne trouva rien d’autre qu’une mer blanche et moelleuse. Il ramena alors son regard sur la plume, d’une beauté égale à celles qu’il avait déjà vues précédemment. Il sut que lorsqu’il la toucherait, celle-ci l’emmènerait alors vers un nouveau lieu, dans un nouveau décor, à travers un nouveau tableau.

Le Ballet des Etoiles

tableau des étoiles

Le Vieil Homme se réveilla pour la troisième fois. Cette fois-ci, dans du vide. L’air semblait s’être retiré, il se surprit à ne pas respirer et n’en éprouva pas pour autant le besoin. Quelle sensation étrange de ne pas effectuer l’action qui nous tient en vie et pourtant d’être bien vivant ! Il détailla l’environnement qui l’entourait et ne put s’empêcher de laisser s’échapper une exclamation, pourtant, aucun son ne parvint à ses oreilles. Il était dans l’espace au milieu de la galaxie, sur les filaments d’une étoile filante. Il se demanda vraiment s’il était fou et rit de lui-même devant l’évidence de la réponse. Il arpenta tel un équilibriste les filaments de l’étoile vers l’amont. Pendant son ascension, l’étoile parcourait la galaxie. Il passa devant une multitude de planètes, météorites et comètes. Quel magnifique spectacle qui s’offrait à lui ! Le ballet des étoiles, au sens littéral du terme. Il s’arrêta un temps, pour admirer plus pleinement cette fresque grandiose et reprit son chemin, dans un état de béatitude tel qu’il ne s’aperçut même pas qu’il était arrivé à la tête de l’étoile. Celle-ci brillait de mille feux, d’un magnifique éclat violet qui irradiait de toute part.

Il se laissa glisser sur l’étoile et c’est sans surprise qu’il découvrit un peu plus loin, dans un cratère formé par un astéroïde, une plume orangée pareille aux trois précédentes. Il se fit alors la réflexion qu’elles devaient toutes provenir du même animal et que celui-ci devait être vraiment magnifique. Il espéra que son périple à travers ces lieux magiques l’emmènerait devant cette mystérieuse créature qui l’intriguait de plus en plus. Il offrit un dernier regard à l’espace, espérant graver à tout jamais sa mémoire de cette vision et s’accroupit pour saisir délicatement la plume.

Les Ruines du Labyrinthe

tableau du labyrinthe

Lorsque à nouveau le Vieil Homme ouvrit les yeux, ce fut pour découvrir tout autour de lui des murs ocre d’une hauteur impressionnante. Il s’approcha du mur de gauche et tâta la surface des doigts, celle-ci était douce et friable : de l’argile. Il suivit le mur sur quelques pas et tomba sur une intersection. Les murs autour de lui ne soutenaient aucun toit, ils semblaient former une multitude de chemins. Le Vieil Homme compris alors qu’il se trouvait dans un labyrinthe. Une gigantesque architecture s’élevait au-dessus des murs qui tombaient en ruine. Des sculptures, des arches, des ponts, une immense statue dont le visage avait disparu.

Le vieil homme resta un moment immobile, perdu devant le gigantisme des constructions. La Tour aussi était immense mais à force de l’arpenter, il s’était habitué à sa démesure. Il s’assit un instant contemplant les vestiges de ce qui avait dû être un jour, une civilisation de richesses et de grandeur, aujourd’hui oubliée. Il tourna plusieurs fois en rond, se retrouva dans des culs-de-sac, franchit des zones éboulées et finit par déboucher sur un vaste espace dégagé. Ce devait être le centre du labyrinthe. Il s’approcha de l’autel qui siégeait au milieu de la place et aperçut la silhouette familière d’une plume en son centre. Il se précipita alors pour la saisir, elle était d’un vert profond, comme une émeraude, magnifique. Il ne put s’empêcher de la contempler quelques secondes avant de laisser ses doigts glisser sur elle et il changea de tableau.

En Pleine Forêt

tableau de la forêt

Cette fois-ci, le Vieil Homme atterrit dans un endroit sombre où il régnait une atmosphère lourde et pesante, l’air était empli d’une forte mais agréable odeur épicée. Il laissa ses yeux s’habituer à la pénombre environnante et découvrit quelques instants plus tard l’incroyable décor. Il se tenait au milieu d’une petite clairière bordée par d’immenses et majestueux pins verts. D’aussi haut que ses yeux pouvaient voir, il ne discernait rien d’autre que les branches et les aiguilles des arbres millénaires. Le Vieil Homme sortit de la clairière et commença à marcher droit devant lui. Son avancée était hasardeuse, il était sans cesse détourné de son chemin par des gigantesques racines ou des hautes fougères. Il lui semblait d’ailleurs que son sens de l’orientation commençait à lui jouer des tours et qu’il tournait tout bêtement en rond. Il finit par revenir rapidement dans la clairière où il était arrivé. Il repartit alors dans la direction inverse et après quelque temps, déboucha à nouveau dans la petite clairière.

Las, il s’assit sur une souche pour réfléchir à la situation. Il se demanda où trouver la prochaine plume dans cette forêt vierge et hostile. Quelques épines tombèrent sur sa tête et lui firent lever les yeux vers la cime des arbres. Il sut alors ce qu’il devait faire. Il s’approcha de l’arbre le plus proche et commença son ascension. Celle-ci fut plus aisée qu’il ne l’aurait pensé, les branches étant nombreuses et très proches les unes des autres. La difficulté vint de la hauteur croissante qui mettait de plus en plus mal à l’aise le Vieil Homme. Ses mouvements se raidissaient et s’écourtaient à mesure qu’il s’approchait du sommet de l’arbre. L’ascension se fit longue et de plus en plus laborieuse. Le Vieil Homme manqua plusieurs fois de tomber dans le filet d’aiguilles en contrebas mais il arrivait toujours à s’agripper à une branche au dernier moment.

Lorsqu’il arriva enfin au sommet de l’arbre, il ne put discerner les limites de la forêt qui s’étendait sous lui, l’air était lourd et empli de brouillard, si bien qu’il ne voyait pas à plus de cinq mètres. La forêt pouvait s’étendre sur quelques mètres comme une centaine de kilomètres. Il n’était pas beaucoup plus avancé. Il regarda autour de lui à la recherche d’une plume de couleur mais ne vit rien. Il s’apprêta à redescendre, déçu quand son regard fut attiré par une aiguille noire sur la branche devant lui, il l’ausculta plus attentivement et remarqua qu’elle était bien plus épaisse que les autres aiguilles et qu’elle semblait soutenir quelque chose d’autre. Il la saisit du bout des doigts et tira pour l’extraire de la branche. Il eut tout juste le temps de voir les volutes noires de la plume qu’il venait de dégager avant que les contours du paysage dans lequel il se trouvait ne se fondent dans un nouveau décor.

Au Sein des Ténèbres

tableau des ténèbres

Le Vieil Homme ouvrit les yeux sur des ténèbres impénétrables et crut alors être devenu aveugle. Il ne distinguait rien d’autre qu’une brume obscure et infranchissable. Il tenta de marcher mais tomba au bout de quelque pas. Il continua à quatre pattes, avançant dans une direction au hasard. Il ne pouvait se résoudre à l’inaction, il sentait que s’il ne bougeait pas, ne se donnait pas de but, l’affolement le gagnerait et il deviendrait fou. Il continua ainsi longtemps, reprenant son souffle à maintes reprises. Il lui semblait que la fatigue accumulée pendant les aventures vécues dans les tableaux précédents pesait maintenant de tout son poids sur ses épaules, il ne s’était jamais senti si épuisé.

Une lueur passa alors devant ses yeux.

Il releva la tête et ne vit rien d’autre que les ténèbres obscures. Il se demanda s’il ne l’avait pas rêvé quand elle réapparut devant ses pupilles dilatées. C’était une boule de lumière étincelante et flamboyante. Le Vieil Homme chercha dans ses références et s’entendit sur « feu follet ». Son éclat argenté illuminait les alentours et le Vieil Homme crut discerner les murs de pierre tant familiers de sa Tour. Un grand désarroi l’enveloppa en même temps qu’une lueur d’espoir apporté par l’apparition étincelante. Il se releva et suivit le Feu Follet à travers ce qu’il pensait être les couloirs de la bibliothèque, il ne savait pas où ils étaient, les couloirs semblaient familiers et pourtant si étrangers.

Le Feu Follet était rapide mais avançait par paliers, attendant sagement que le Vieil Homme le rejoigne avant de continuer sa course. Il sembla au Vieil Homme que cette dernière marche était la plus longue et la plus éprouvante de toutes. Il se sentait si vieux, si fatigué, si desséché. Un sentiment d’oppression enserra son coeur. Il gardait son regard fixé sur la boule incandescente du Feu Follet, seule consolation dans sa triste marche, comme un naufragé garde les yeux rivés sur le phare à l’horizon. Il continua néanmoins de marcher, à travers les longs couloirs sinueux, les escaliers imposants et salles pleines d’étagères. Il marchait sans plus se soucier de ce qui l’entourait.

Il ne s’aperçut pas quand le Feu Follet arrêta enfin sa course folle. Le Feu Follet se mit alors à tourbillonner autour de lui pour lui montrer l’objet de sa quête. C’était une petite porte en bois qui ne payait absolument pas de mine. Une petite porte qui semblait si fragile. Le bois était tellement vieux, qu’il était sillonné de toute part par le passage incessant des termites. Le Vieil Homme s’approcha en tremblant, posa sa large main rugueuse sur la poignée, jeta un dernier regard en direction du Feu Follet et ouvrit.

Ou plutôt, tenta d’ouvrir.

La porte était, contrairement à son apparence, tellement lourde que le Vieil Homme dut y mettre toutes les forces qu’il lui restait pour arriver à la faire bouger. Néanmoins, elle s’ouvrit. Une immensité morne s’offrait au regard du Vieil Homme. Il resta sur le pas de la porte à contempler le paysage.

Il n’y avait rien. Juste une plaine désolée.

Un souffle d’air lui ébouriffa les cheveux. Le Vieil Homme fit quelques pas et se retourna. Il savait ce qu’il allait voir. La Tour, immense, se dressait devant ses yeux. Colossale construction, il n’en distinguait pas le haut, enfouit sous la masse grise du ciel terne. Il la contemplait enfin de l’extérieur. Pris de vertiges il s’assit, appréciant la texture de l’herbe sous ses doigts. Quelque chose céda en lui et il se sentit libéré.

Libre.

Il était libre.

Il était à l’extérieur de la Tour.

Il savoura durant un long moment ce sentiment magnifique qui le remplissait d’une douce chaleur. Il se releva et observa le paysage qui l’entourait. Il ne vit rien jusqu’à ce qu’il aperçoive un point à l’horizon. Il focalisa son attention cette étrange apparition et découvrit un phare dont les lumières au sommet tournaient avec régularité.

De la vie.

Il se releva d’un coup, toute fatigue abandonnée. Il n’était pas seul. Un cri strident attira son attention vers le ciel et il leva les yeux pour y voir un Oiseau aux mille couleurs.

Le décor changea.

FIN

Appendice

crédits

Le Projet

Hello ! Les paragraphes suivants consistent en une petite explication du projet pour ceux que ça intéresse !

Déjà une petite présentation s'impose, nous sommes deux étudiantes Claire et Juliette et nous avons développé cette histoire et son univers à pendant notre troisième année de licence Etudes Visuelles et Art Numérique à Marne la Vallée pendant l'année scolaire 2012-2013.

A l'origine le Vieil Homme et la Tour est un projet scolaire, s'inscrivant dans une de nos matières (livre animé, je sais plus l'intitulé exact mais c'est l'idée). Le but était de créer une vidéo d'un livre (numérique ou matériel) avec une notion de page originale et différente de ce qu'on a l'habitude de voir. Avec Claire, nous sommes parties sur le principe du livre dans le livre (un livre à l'intérieur d'un livre et l'histoire continue de livre en livre, la taille des livres allant décroissante). Vous pouvez voir la démo dans la vidéo par ici : suivez mon lien si ça vous intéresse. Seulement nous n'avons pas trouvé d'histoire pour illustrer ce concept et nous avons finalement décidé de la créer nous-même. De là est nait le Vieil Homme et la Tour. Nous avons toutes les deux écrit une version de la nouvelle avant de tout mettre en commun pour former la version définitive que vous pouvez lire.

On a aussi décider de développer l'univers de notre histoire dans une autre matière (et oui ça sert les cours !) : technologies du web. Il fallait créer un site intéractif en PHP, nous voulions faire une aventure intéractive, on a donc tout de suite pensé à adapter notre histoire. Vous pouvez tester le jeu par ici !

Le reste du site (dont cette partie) a été développé par moi-même (Juliette) pour augmenter la diffusion de notre nouvelle et de notre univers et rendre encore plus concret ce projet qui nous tient à coeur !

Si vous avez envie d'en savoir plus, n'hésitez pas à nous envoyer un email. Voilà l'adresse à laquelle vous pouvez nous joindre : coquelicotier@free.fr.

Les Références

Nous nous sommes inspirées de contes et légendes et de récits initiatiques. Nous nous sommes aussi inspirées des univers de François Schuiten (Les Cités Obscures) et des jeux vidéos Limbo et Journey. On retrouve aussi l'idée de la tour de Babel et l'emprisonnement de la connaissance (clin d'oeil également aux Fictions de Jorge Luis Borges).

Les Crédits

Illustrations :
Les Dunes Roses : Juliette
La Mer de Nuages : Juliette
Le Ballet des Etoiles : Juliette
Les Ruines du Labyrinthe : Juliette et Claire
En pleine Forêt : Claire
Au sein des Ténèbres : Juliette et Claire

Le site
/nouvelle.html : Développé en CSS3, Javascript et HTML5 par Juliette Jay, à l'aide des tutoriels de Codrops.
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